Retour

Le Rire Médecin, des artistes essentiels auprès des enfants malades

Grâce au jeu et à l’imaginaire, les clowns du Rire Médecin participent à adoucir le quotidien des enfants hospitalisés. Rencontre avec sa fondatrice, Caroline Simonds, qui évoque, pour le groupe Up l’un de ses partenaires depuis 2015, la genèse de sa compagnie, l’impact du Covid sur ses activités et le rôle essentiel des artistes, en particulier en temps de crise.

Caroline Simons (c) Le Rire Médecin

LD

Comment est née votre association Le Rire Médecin ?

ED

Je suis née aux États-Unis et je suis arrivée en France à l’âge de 20 ans après des études universitaires en théâtre et musique, même j’aurais voulu être médecin… J’avais d’ailleurs commencé des études de médecine mais j’ai découvert lors de mon premier stage que j’étais faite pour divertir les gens plutôt que de leur annoncer des mauvaises nouvelles !

Je suis très grande et très gauche. Ma maladresse faisait rire mon entourage, je me suis donc lancé le défi d’en faire mon métier, en devenant clown. Dans les années 70, j’ai fait beaucoup de théâtre de rue et après dix années en France je suis retournée aux États-Unis, à New York, où j’ai travaillé dans l’événementiel.

C’est alors que j’ai fait un spectacle en solo, à l’occasion de Thanks Giving, dans un hôpital pour enfants malades du cancer. On m’avait demandé de jouer la dinde ! J’allais de chambre en chambre faire mon show devant les enfants et je n’avais pas peur de cela, c’était même un challenge d’entrer en contact avec eux et de les faire rire. Même si ensuite j’ai dépensé toute ma paye dans un taxi pour rentrer chez moi tellement j’étais émue... Mais quelque part j’ai trouvé ma vocation ce jour-là. Ensuite j’ai rejoint une compagnie de clowns qui intervenaient dans des hôpitaux. Mon personnage du docteur Girafe est né là, dans une salle de soins intensifs au côté d’une petite fille qui venait de subir une greffe de cœur.

Après 4 ans passés dans des hôpitaux du Bronx et de Harlem, et à me former moi-même en lisant beaucoup sur l’accompagnement des malades, j’ai ressenti le désir d’avoir mon propre projet pour rapprocher davantage les comédiens des soignants, et d’avoir une structure de formation. J’ai décidé de retourner en France, où pour moi la rigueur et la créativité se marient très bien. Je savais que mon projet marcherait mieux ici !

Cela m’a pris un an pour trouver l’argent (des bourses, des aides de Fondations…) et aller à la rencontre de chefs de services. Des actions comme celles du Rire Médecin, ça n’existait pas en Europe. Grâce au soutien de quelques chefs de services, j’ai réussi à décrocher une subvention du Ministère de la Culture puis de la Fondation de France et ensuite de la Fondation du Crédit Lyonnais. Dès lors j’ai pu ouvrir une école ! Et voilà, presque 30 ans plus tard, l’aventure continue : nous intervenons aujourd’hui dans 48 services pédiatriques en France et redonnons le sourire à plus de 80 000 enfants par an.

LD

Qui sont les clowns qui interviennent dans les hôpitaux ?

ED

Nous sommes 104 comédiens clowns à l’hôpital. Tous exercent parallèlement d’autres activités. Je n’ai jamais engagé quelqu’un qui voulait faire cela à plein temps, car c’est primordial de garder la fraîcheur, d’avoir une activité forte ailleurs pour nourrir notre jeu à l’hôpital. Et réciproquement, ce qu’on fait à l’hôpital nourrit aussi notre jeu au théâtre ou au cinéma.

Un metteur en scène m’a dit un jour que les clowns du Rire Médecin ont un « regard public » incomparable car nous les clowns on regarde dans les yeux les enfants devant lesquels on joue. Nous avons un regard à la fois très empathique et très distancié, c’est une des qualités que je cherche dans mes castings. Un parfait équilibre entre le talent, l’empathie, la curiosité, la résilience, la flexibilité, l’énergie. Car il en faut pour jouer parfois de 9h à 17h devant des enfants tous différents et dans des situations parfois très lourdes émotionnellement.

Nous intervenons aujourd’hui dans 48 services pédiatriques en France et redonnons le sourire à plus de 80 000 enfants par an.

LD

Intervenez-vous aussi l’étranger ?

ED

On organise seulement des formations à l’étranger, car transmettre et former, c’est inscrit dans notre ADN pour nous-mêmes, à l’international et aussi pour les soignants. Nous avons par exemple monté le projet « annonce », avec la fac de médecine de Tours-Orléans puis à Paris, au cours duquel des comédiens interprètent des parents face à des internes en médecine. Il s’agit d’un jeu de rôles très pointu, les comédiens ne sont pas là dans la peau de clowns mais de parents dont ils ont appris à connaître les comportements. On sait simuler leurs réactions et ainsi préparer les étudiants à agir en conséquence.

LD

Comment se nouent les liens avec les hôpitaux dans lesquels les clowns viennent jouer ?

ED

Au début, j’étais très pro active et j’allais où l’on me disait oui, d’abord à Paris ! Ensuite on est allé en province : à Nantes, Angers, Marseille… L’histoire de Marseille est très belle ! C’est une ancienne patiente, devenue responsable culturelle, qui a demandé qu’on monte un projet à la Timone ! Pour développer nos actions et recruter plus de comédiens, toute l’équipe est partie à la recherche de fonds, auprès d’entreprises telles que le groupe Up (lire l’encadré ci-dessous).

C’est un travail de longue haleine et l’essentiel de notre budget est constitué entre début octobre et fin janvier pour pouvoir monter la programmation de l’année suivante. Cette année, à cause du Covid, c’est plus compliqué, nous avons perdu le soutien de quelques entreprises et les dons du grand public sont aussi moindres.

Les artistes ont toujours existé dans les crises pour distraire de la douleur de la guerre, de la maladie… Il n’y a pas de raison qu’on nous mette dans un tiroir car on peut trouver les moyens de travailler en toute sécurité.

LD

D’ailleurs, quel a été l’impact du Covid sur vos activités ?

ED

Lors du premier confinement nous ne pouvions plus rendre visite aux enfants. Ce qui était flagrant c’était le ressenti des soignants qui nous disaient : « C’est triste sans vous, car vous nous remontez le moral à nous aussi ! »

En revanche, pour ce second confinement, nous avons pu continuer nos activités avec bien sûr un protocole très strict.

Le cadeau caché de tout cela, comme on dit en anglais, c’est que l’on a développé l’utilisation de la vidéo là où l’on n’était pas présent physiquement. Par exemple à Marseille, les clowns ont réalisé une émission de télévision qui était diffusée dans tout l’hôpital. Ou encore à Nancy, où les clowns faisaient des apparitions live sur les télés des services pédiatriques !

En aucun cas cela ne peut remplacer la présence et le contact vrai avec les clowns mais cela nous a permis de garder le lien avec les enfants, les familles et les soignants. Ce nouvel outil de travail a aussi enrichi notre programme en HAD (hospitalisation à domicile). Nous avons mis en place des visio, avec la complicité des puéricultrices et les directions des HAD de Paul-Brousse, Robert-Debré, et bientôt Necker. Cela nous permet de voir des enfants qu’on ne pouvait jamais voir en présentiel.

C’est une période très éprouvante pour tous, y compris pour les artistes. Je suis très fière du changement qui s’est opéré entre le premier confinement et le second dans la prise en compte de notre rôle auprès des enfants. Nous sommes devenus des travailleurs culturels essentiels aux yeux du corps médical qui considère, comme nous, qu’il est plus facile de soigner un enfant heureux. Au Rire Médecin, nous avons la chance incroyable de pouvoir faire jouer nos comédiens dans les hôpitaux, et si nous pouvons être les fers de lance de la reconnaissance de leur caractère essentiel, tant mieux !

Les artistes ont toujours existé dans les crises pour distraire de la douleur de la guerre, de la maladie… Il n’y a pas de raison qu’on nous mette dans un tiroir car on peut trouver les moyens de travailler en toute sécurité.

visuel rire médecin
Up, partenaire du Rire Médecin depuis 2015
Tout a commencé par la générosité des salariés du groupe ayant adhéré à l’arrondi sur salaire dont l’une des causes bénéficiaires était celle portée par cette association. La démarche avait généré 2000 € de dons en 2016.

Le groupe coopératif s’est ensuite concentré sur un soutien plus large à l’association en insérant des visuels du Rire Médecin dans ses chéquiers de titres UpCadhoc, puis en décidant de lui reverser chaque année un pourcentage des sommes perçues au titre des prestations de service liées aux ventes de ces mêmes chèques cadeaux, soit l’équivalent de 10 000€ par an.

En plus des actions déjà engagées qui se poursuivront en 2021, une nouvelle forme de partenariat va venir enrichir la collaboration en faveur des enfants hospitalisés. Parmi les solutions digitales que propose Up, la plateforme d’incentive Pulse, dédiée aux programmes de motivation des commerciaux, offre désormais aux salariés la possibilité de convertir leurs points gagnés en dons pour l’action sociale de leur choix, dont le Rire Médecin !

Depuis 2016, grâce à l’engagement du groupe Up, le Rire Médecin a pu redonner le sourire à près de 1 500 enfants hospitalisés. Et l’aventure continue !

En savoir plus : https://www.leriremedecin.org/

Chez up, nous concevons les solutions du quotidien qui contribuent à la vitalité des organisations et au bien-être des individus
Vous souhaitez en savoir plus sur nos engagements ?
Rendez-vous sur up.coop

Sur le même thème

F.Mantovani/Gallimard
2 min

"Sans livres, il n’y a pas d’évolution personnelle ni de formation intellectuelle possible"

Auteur notamment des Choses humaines, de l'Insouciance, de La Domination, Karine Tuil témoigne de son attachement aux libraires et aux librairies, en tant que lectrice et en tant que romancière....

Lire la suite
Visuel culture se reinvente dlq
3 min

Confinement, couvre-feu : le monde de la culture s'adapte

Les mesures sanitaires frappent durement le monde de la culture depuis presque un an. Pourtant, nombreux sont les artistes et institutions qui réinventent leur art pour continuer à se produire...

Lire la suite
20210115 webinaire culturel dlq
2 min

Les nuits de la lecture se réinventent en 2021

L'événement proposé par le Ministère de la Culture s'étendra cette année sur quatre jours et propose de nombreuses possibilités numériques de célébrer la lecture sous toutes ses formes.

Lire la suite
visuel anlci
1 min

Lutter contre l'illettrisme se joue aussi dans le monde du travail

L'Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme organisait début décembre le festival "Coopérons contre l'illettrisme". Parmi les événements digitaux proposés, l'une des tables rondes traitait de cette thématique dans le monde...

Lire la suite
1619 slpj salon20 rs facebook cover 2050x780px 20201112 15h w 762x428 c default
2 min

Up au Salon du livre et de la presse jeunesse

Revu, adapté et renouvelé pour se faufiler dans les contraintes strictes de la crise sanitaire, le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis n’est pas si différent...

Lire la suite
Epassjeunes
2 min

La culture et le sport dans la poche avec le e.pass Jeunes

Sous la forme d’un portefeuille numérique, la solution du groupe Up propose aux jeunes dès 15 ans de nombreux avantages pour leurs pratiques culturelles et de loisirs. Une façon pour...

Lire la suite
Art libraire bois colombes
2 min

L'acte d'achat en librairie est devenu plus militant

Nathalie Iris tient depuis quinze ans la libraire "Mots en Marge", à La Garenne-Colombes (92). Elle revient sur cette rentrée 2020 pas comme les autres avec les suites du confinement...

Lire la suite
Bd2020 bilan cnl dlq new
2 min

La BD comme « porte d'entrée vers la lecture plaisir »

Avec l'Année de la BD 2020, malgré la crise sanitaire et le confinement, le Centre national du livre accompagne les Français à la découverte du neuvième art au travers d’événements populaires, en ligne...

Lire la suite
2020 visuel dlq
2 min

Illettrisme : redonner la parole à ceux qui n'osent plus la prendre

Du 7 au 13 septembre, dans toute la France, les Journées nationales d'action contre l'illettrisme mettent à l'honneur les actions de terrain contre ce phénomène qui touche 2,5 millions de...

Lire la suite