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Anne-Caroline Paucot : “Un romantisme nouveau est en train d’émerger”

Anne-Caroline Paucot est “écrivain-prospectiviste”, et elle s’intéresse donc au futur de toute une série de choses, dont l’amour. Elle est l’auteure du Dico du futur de l’amour (Éditions Propulseurs, 2016), dans lequel elle imagine les mots que nous utiliserons demain pour parler de relations, de sexualité, de la famille et du sentiment amoureux. Elle a répondu à nos questions sur l’amour au temps de la technologie.

Anne-Caroline Paucot

Pourquoi avoir choisi l’approche dictionnaire et le fait d’inventer des mots pour parler du futur de l’amour ?

A-C P

Je considère qu’on ne peut pas prévoir le futur mais qu’on peut l’inventer. Et pour cela, il faut créer des outils qui donnent au plus grand nombre des clés de réflexion. J’utilise toujours les formes les plus simples et accessibles à tous ; or tout le monde sait construire des mots. Les mots, ce sont des briques de la pensée : quand on n’a pas de mots pour décrire des choses, on a des pensées de moins bonne qualité. Je me suis intéressée à l’amour parce que nos vies sont en train de changer et pourtant on ne regarde pas tellement les impacts sur la vie privée, sur l’essentiel de nous-mêmes, c’est-à-dire, entre autres, aimer. Je trouvais intéressant d’explorer des pistes qui ne soient pas toutes technologiques, mais qui touchent tous les domaines
Qu’est-ce que le numérique change à nos vies amoureuses ?

A-C P

Pas mal de choses, bien sûr. Autrefois on se rencontrait dans un petit bal perdu qui avait lieu une fois par mois, puis au boulot, et puis maintenant c’est possible 24h sur 24. Les possibles de la rencontre se sont ouverts. La contrepartie, c’est qu’on a une plus grande difficulté à construire : il y a le côté zapping, comme avec les hyperliens on saute d’un lien à l’autre. Ce qui m’a beaucoup intéressée, c’est le romantisme : pendant le siècle des Lumières, qui était une époque avec une pression très forte sur la raison et science, on voit apparaître les nouveaux romantiques qui vont à contre-courant de cette pression. Aujourd’hui, on vit la même chose : il y a une pression de la donnée, du binaire, mais en même temps on arrive à un romantisme nouveau qui est en train d’émerger.
Vous n’êtes donc pas d’accord avec le cliché qui veut que la technologie tue le romantisme.

A-C P

Au contraire, il y a un nouveau romantisme, que j’appelle le “romankissm”. Avec les emojis, les photos, les petits cœurs sur Facebook, le fait d’être tout le temps en lien avec l’autre, on est toujours très romantique. Les technologies ne tuent rien du tout : elles exacerbent. Le romantisme a toujours été amusant et désuet pour ceux qui ne le vivent pas, mais pas pour ceux qui sont en train de le vivre. Et ça, ça ne change pas. Les humains ne sont pas en train de changer.
Comment les plus jeunes générations envisagent-elles l’amour aujourd’hui ?

A-C P

Il y a toute une génération qui s’attache désormais plus à l’usage qu’à la propriété, quand les générations précédentes marquaient l’évolution du temps et se construisaient avec l’accès aux meubles, puis à la voiture, puis à la maison, etc. Je pense que ce courant sociétal est aussi en train de se diffuser dans le domaine amoureux, dans les recoins intimes de nos existences. On construit de nouveaux types de relation qui ne sont pas définies de manière binaire, en couple ou pas. C’est ce que j’appelle “collamourer” : pratiquer l’amour collaboratif. De la même manière que dans le travail on sort de son isolement pour collaborer et recréer quelque chose, peut-être que dans la relation amoureuse on est aussi en train de créer autre chose. Le couple est une structure qui est victime assez rapidement de l’ennui, et on est en train de le réinventer.
Quelles sont les principales technologies qui auront un impact sur nos vies amoureuses dans le futur ?

A-C P

Il y a des choses assez marrantes, comme tout ce que j’appelle les “datalove”, c’est-à-dire la mesure des émotions. On a commencé avec des capteurs très basiques (le nombre de pas, de battements de coeur), et puis au fil du temps on va vers des choses plus sensibles, comme la reconnaissance des émotions. Demain, c’est l’intelligence artificielle qui va gérer les datalove. Si l’intelligence artificielle vous dit que ce serait bien que vous vous sépariez maintenant, allez-vous sous-traiter votre pensée et vos décisions à des machines ? Ce sont des questions qui se posent, mais le problème ce n’est pas la machine, c’est la fainéantise humaine ! On est déjà en train de standardiser des choix culturels grâce aux algorithmes de Netflix par exemple, ce sera peut-être aussi le cas pour les choix amoureux. Enfin, j’ai quand même confiance dans l’homme pour qu’il ne se laisse pas trop manipuler.
Y a-t-il des pistes qui vous enthousiasment particulièrement ?

A-C P

Il faut peut-être que je précise que je n’invente rien, dans ce dictionnaire : je me fonde sur des innovations existantes et je les nomme, comme pour le préservatif augmenté, que j’appelle le “préservactif”, et qui pourrait permettre de détecter des infections et MST, voire de soigner. Il y a des recherches concrètes très intéressantes dans ce domaine. D’un point de vue plus sociétal, il y a ce que j’appelle l’“éphimiriage”, le mariage à durée déterminée. Ça se fait dans de plus en plus d’endroits dans le monde, et je trouve que ça peut être vraiment sympa de refaire la fête tous les trois ans ! Et puis de sortir d’une situation où la seule solution pour se séparer c’est le conflit. Il y a des relations qui se finissent de manière intelligente, et je trouve intéressant de repenser notre engagement, d’avoir un peu plus de légèreté dans la forme. La loi devrait suivre. Et puis, vraiment, la notion de “collamourer”, j’y crois.

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