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Quatre questions à Frédéric Bardeau, président de Simplon : “Les salariés vont tous devoir faire du numérique”

Frédéric Bardeau est le co-fondateur et président de Simplon, entreprise solidaire d'utilité sociale et qui est un réseau d’écoles du numérique, ou plutôt de “fabriques numériques et inclusives”, en France et à l’étranger. Depuis 2013, Simplon forme des personnes éloignées de l’emploi et du numérique à ces nouveaux métiers. Et depuis 2016, Simplon Corp. mène des activités de formation dans les entreprises. Frédéric Bardeau nous explique pourquoi l’acculturation au numérique est un enjeu social autant qu’économique, et quels sont les réels besoins des entreprises.

Frédéric Bardeau

Co-fondateur et président de Simplon

U&R


Comment la formation en entreprise s’inscrit-elle dans la mission de Simplon ?

FB

Notre métier d’origine, c’est de former les demandeurs d'emploi aux métiers du numérique. On s’adresse à des personnes à la fois éloignées de l’emploi et du numérique, et on a développé un savoir-faire qui nous permet d'identifier les gens qui sont faits pour le numérique et qui ne le savent pas, les former et les aider à rejoindre une entreprise. Pour les mettre en confiance, on a commencé à les envoyer dans les entreprises pour qu’ils puissent former des salariés. Et on s’est rendu compte qu’il y avait une fracture numérique dans les entreprises d’une part, et aussi des problèmes de reconversion, avec beaucoup de personnes qui perdaient leur métier à cause du numérique. Mais si elles étaient formées au numérique, elles pourraient retrouver une employabilité. Donc, il y a un an et demi, on a lancé une activité entièrement dédiée à ça : acculturation, montée en compétences et reconversion des salariés, qui s’appelle Simplon Corp. On forme tout le monde, des membres du Comex qui ne comprennent rien au numérique aux caissières à qui on dit de rentrer des stocks sur un iPad, en passant par des facteurs qui ont perdu leur emploi et dont on fait des développeurs qui vont à la DSI de La Poste. Comme on ne perd pas notre mission sociale de vue, les formateurs sont tous des personnes encore en recherche d’emploi.

U&R


Quels programmes mettez-vous en place pour les entreprises ?

FB

Le tout premier concerne le socle de compétences numérique de base, le minimum requis pour travailler dans une entreprise (e-mail, intranet, agenda partagé, bureautique, etc.). Ce sont des programmes de 1 à 4 jours. Par exemple, le Groupe SOS déploie en ce moment Office 365 : sur les 12 000 salariés, il n’y en a pas la moitié qui est très à l’aise sur l’informatique. Donc il faut les former. Ensuite, c’est l’exemple que je donnais avec La Poste, on reconvertit des salariés (ici des facteurs) en informaticiens, avec des programmes longs de 6 à 8 mois, une alternance interne, des tuteurs, le tout coordonné avec les équipes RH et mobilité. Troisième type de programme, dans les banques, les assurances ou la DSI de Pôle Emploi par exemple, il y a beaucoup de vieux systèmes informatiques qui fonctionnent avec des langages quasiment obsolètes mais qui sont en train d'évoluer. Les informaticiens doivent évoluer à la même vitesse que les systèmes, donc on les forme aux nouveaux langages. C’est ce qu’on appelle de l’upskilling. Il y a aussi la formation à de nouveaux outils. Ainsi lorsqu’on introduit un robot dans une chaîne de montage ou une douchette électronique par exemple, il faut former tout le monde. Enfin, quand les services de gestion d’une entreprise passent au zéro papier au profit de la dématérialisation, on accompagne aussi ceux qui s’en chargent.

U&R


Comment analysez-vous le besoin de formation au numérique des entreprises ?

FB

Au niveau des publics, c’est la même chose qu’avec les demandeurs d’emploi, mais avec un zéro de plus. Il y a des millions de demandeurs d’emploi, ils ne vont pas tous faire du numérique. Les salariés, en revanche, vont tous en faire. Hormis le fait que le nombre d’employés est très largement supérieur à la population de demandeurs d’emploi, il n’existe aucune différence particulière entre ces deux groupes quand il s’agit de monter en compétences sur le numérique. Il y a un besoin de plus en plus conséquent et on constate aussi une accélération : ça concerne tout le monde, pas que les geeks mais aussi les caissières, les gens du service courrier ou de l'entrepôt. On passe bien dans les entreprises parce qu’on passe bien auprès des syndicats ! Il y a un enjeu très fort de certification des salariés, puisque le maintien de l'employabilité est une obligation légale pour les employeurs. Pour les DRH, c’est très bien et valorisant de travailler avec une entreprise de l’Economie Sociale et Solidaire sur ces sujets. On constate par ailleurs qu’avec la mode des MOOC et du e-learning les gens se disent “c’est génial, ça évite d'envoyer les gens en formation”. Nous, on dit que si les gens sont en décrochage numérique, on ne va pas les envoyer exclusivement sur des MOOC. Il s’agit de trouver la bonne dose entre l’e-learning et le présentiel, et puis de rester toujours inclusif et bienveillant.

U&R


Quelles sont vos perspectives de développement ?

FB

Le premier axe, c’est qu’on est très connus pour notre activité auprès des demandeurs d’emplois, mais qu’on doit faire connaître Simplon Corp. On a 40 écoles Simplon en France, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, on peut ajouter Simplon Corp. à toutes nos écoles, puisque les entreprises sont implantées un peu partout. Un autre enjeu de taille consiste à trouver la bonne méthodologie et bon véhicule - souvent une plateforme - pour former l’ensemble des salariés après avoir fait le nécessaire au niveau des instances de gouvernances (COMEX, top management etc.). On l’avait anticipé, mais former 2 000 et 20 000 personnes ce n’est pas la même chose. Nous avons 21 personnes dans l’équipe, dont la moitié sont des formateurs, mais on peut s'appuyer sur nos apprenants et formateurs. En un an et demi, l’activité Simplon Corp. a réussi à générer 2 millions d’euros, soit 20% du chiffre d’affaires de Simplon. Et là nous allons faire notre première incursion à l’étranger pour former les salariés d’une grande entreprise au Maroc. C’est donc un savoir-faire de l’ESS française qui peut s’exporter !

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