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Prendrons-nous encore nos repas ensemble demain ?

Régimes alimentaires contraignants, nomadisation du travail, banalisation du multitasking et du "desktop lunch" (le fait de manger rapidement devant son ordi) : devient-il de plus en plus difficile de partager le déjeuner de travail en bonne compagnie ? Allons-nous tous bientôt déjeuner dans notre coin ?

Alex holyoake 508227

Portrait-robot du “déjeuneur” d’aujourd’hui

Que recherchent nos contemporains lors de la pause déjeuner ?  Selon le rapport “Eater’s Digest” de Havas, publié en 2016 et mené dans 37 pays du monde, 80% des participants choisissent leur alimentation pour rester en bonne santé. 

Parmi eux, les 18-30 ans se montrent les plus paradoxaux : certes, ils veulent de la nourriture saine, mais ils sont également pressés et préfèrent aux repas fixes des “snackings” sains et adaptés à leur rythme de vie. Ils privilégient également les restaurants avec une forte présence sur les réseaux sociaux, qui leur permet de s’assurer à l’avance qu’ils y auront une expérience conforme à leurs attentes. Cette génération à la fois pressée, nomade et soucieuse de sa santé pousse la traditionnelle heure du déjeuner à changer -- et surtout à s’individualiser.

80% des participants choisissent leur alimentation pour rester en bonne santé

L’individualisation de la nourriture

En 2013, un groupe de chercheurs, sous la direction du sociologue Claude Fischler publie l’ouvrage Les Alimentations particulières, Mangerons-nous encore ensemble demain ?, aux éditions Odile Jacob. Le livre dresse le constat suivant : “Si une minorité de la population est soumise à des exclusions alimentaires pour des raisons médicales réelles (...), dans la plupart des cas il s’agit de choix personnels volontaires vécus comme une liberté, voire une libération.”  Et pose la question : cette individualisation détruit-elle la commensalité ?
Les technologies qui s’engouffrent dans la voie de l’ultra-personnalisation donnent plus de poids encore à la question. Certaines initiatives simplifient la vie des “véritables” allergiques au gluten (selon les auteurs des Alimentations particulières, l’allergie alimentaire en général touche 3,4% des Français, mais 30% des gens se disent allergiques autodiagnostiqués). Ces outils “scannent” les aliments et détectent s’ils contiennent du gluten. Mais d’autres outils élargissent le champ de la personnalisation : Habit, par exemple, est un assistant personnel qui vous oriente sur le parcours de nutrition pour vous aider à mieux manger. La startup a inauguré un partenariat avec l’objet connecté Fitbit pour mesurer les déplacements et calculer en temps réel le nombre de calories que vous devez perdre ou ingérer pour atteindre vos objectifs de poids. De leur côté, les Smart Glasses de Microsoft seront bientôt dotées d’une fonction réalité augmentée capable de détecter ce que nous mangeons et d’analyser notre alimentation. Le projet est joliment baptisé “Système de rétroaction alimentaire”.

Manger différemment mais ensemble

Face à cette tendance aux particularismes, certains résistent. Les salariés de La Ruche qui dit oui ! cuisinent ensemble tous les jours, tandis que dans des tiers-lieux tels que The Bureau, Kwerk ou Maison Sage, les travailleurs indépendants qui y travaillent pour la journée peuvent déjeuner bio et sain… et ensemble s’ils le souhaitent. L’application Colunching, lancée à Paris en 2010 et depuis installée dans 18 pays, permet de trouver des compagnons de déjeuner dans son quartier et en fonction de ses centres d’intérêt professionnels.

Mais en réalité, rien n’oblige les régimes particuliers et la commensalité à s’exclure mutuellement. Mieux l’on se connaîtra, et mieux l’on connaîtra l’origine de nos aliments, plus l’on voudra contrôler ce que l’on mange. C’est un mouvement inexorable et somme toute assez naturel. Mais comme le dit Jean-Pierre Poulain, sociologue de l'alimentation et co-auteur des Alimentations particulières, ces changements d’alimentation (régime sans gluten, paléo, végane, etc.), “retravaillent, réorganisent, reformatent l’espace social alimentaire. Parmi eux, certains favorisent l’individualisation, d’autres retendent ou renouent des liens avec différentes catégories d’acteurs.” En d’autres termes, individualiser son assiette ne veut pas forcément dire que chacun mange dans son coin : on peut manger différemment mais ensemble, ce qu’on appelle l’individualisation collective. C’est exactement ce que l’on fait au restaurant, d’ailleurs, depuis cinquante ans, le Titre Restaurant, avantage social préféré des Français, permet ainsi à des collègues de partager ensemble une pause déjeuner dont le contenu convienne à tous. Ces démarches peuvent aussi être synonymes de reconnexion avec l’environnement et les écosystèmes locaux, et créer de nouvelles communautés de gens qui partagent la même approche de l’alimentation.

Pour Jean-Pierre Poulain, le défi du futur est d’articuler et réarticuler sans cesse le ‘fait nutritionnel’ qui (...) va promouvoir inéluctablement l’individualisation du rapport à l’alimentation, avec le ‘fait alimentaire’ qui nous rappelle que manger, au-delà du nutritionnel, est un acte de partage, un acte social, un acte de sens qui s’inscrit dans des cadres culturels.

Les trois grandes cultures alimentaires du monde

1. Sociale 
Dans ces cultures, la nourriture est une activité sociale, une expérience que l’on partage avec ceux qu’on aime. 
Exemples de pays : France, Mexique, Italie, Russie, Turquie

2. Naturelle
Dans des cultures traditionnellement connectées à la nature, l’alimentation est orientée vers la santé et le développement durable.
Exemples de pays : Inde, Chine, Cambodge, Arabie saoudite, Émirats arabes unis

3. Agitée 
Dans certains pays, la nourriture est une source d’inquiétude ou de culpabilité. Elle se prend de manière précipitée et est souvent accompagnée de vitamines et compléments. 
Exemples de pays : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Japon

Source : Havas Prosumer Report 2016, “Eaters Digest: The Future of Food 

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