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Changer les comportements individuels : une priorité

La lutte contre le gaspillage alimentaire se mène dans les restaurants, les supermarchés et même auprès des producteurs et intermédiaires, avant que la nourriture n’arrive en rayon. Mais elle doit aussi se faire dans les foyers, où le plus gros du gâchis se fait. Il est crucial de travailler au changement des comportements individuels face au gaspillage. Tour d’horizon des solutions et innovations pour décourager le gaspillage alimentaire à la maison… et dans les cantines scolaires et d’entreprises, puisque c’est aussi là que s’apprend un comportement plus responsable.

Gaspillage

Moins jeter, chez soi...

Le gaspillage alimentaire représente 10 millions de tonnes de pertes par an en France, et 1,3 milliard au niveau mondial.

"Chaque année, un Français gaspille en moyenne 50 kg de nourriture, que ce soit lors des repas à la maison, au restaurant ou à la cantine. Un chiffre qui équivaut à une centaine de repas ou à 159 € par an, selon l’Ademe, l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Rien que dans les poubelles domestiques, entre 20 et 30 kg d’aliments encore consommables sont perdus chaque année" , rappelle La Croix.

Au Danemark, qui a consacré 700 000 couronnes (près de 100 000 Euros) de subventions publiques à des projets anti-gaspi en 2016, “chaque année, les consommateurs et la grande distribution gaspillent une quantité de nourriture qui pourrait remplir 9 730 chariots de supermarché”, se désolait Esben Lunde Larsen, ministre de l’Alimentation et de l’Environnement, au moment d’annoncer son programme de subventions. 

Mais d’abord, pourquoi gaspille-t-on ? Souvent parce qu’on achète trop et que la date de péremption est atteinte avant que l’on ait pu consommer le produit, ou parce qu’on ne sait pas bien ce qu’on a dans ses placards et que l’on rachète inutilement, ou alors parce qu’on ne sait tellement pas quoi faire des restes qui traînent au frigo qu’on préfère les jeter. 

Apprendre à moins jeter, c’est donc d’abord apprendre à moins acheter, par exemple, en faisant les courses en fonction de menus pour la semaine que l’on prévoit au préalable. Il suffit de chercher “planificateur de repas” dans Google pour trouver une liste longue comme le bras d’applications qui permettent de le faire simplement. Ensuite, il faut surveiller les dates de péremption -- et pour ça, il existe également une foule d’applications. CheckFood, Dans mon Frigo ou NoMaggot permettent ainsi de scanner les produits achetés, de rentrer la date de péremption de chacun et de “monitorer” leur péremption pour ne plus jamais être pris de court. Reste ensuite à savoir comment préparer ces produits. 

L’application Frigo Magic vous aide ainsi à préparer un menu avec les ingrédients que vous avez déjà. L’Américaine Foodfully donne elle aussi des idées de recettes en fonction de ce qui traîne au fond du frigo. 

Il existe donc une application pour chaque étape du gaspillage alimentaire, ou plutôt pour chaque moment de vie où l’on pourrait être tenté de jeter. L’idée est de rendre le fait de ne pas gaspiller aussi facile que celui de jeter -- car le problème est bien là : ne pas gâcher demande souvent un effort pour planifier, pour trouver des idées, pour cuisiner. Certaines initiatives choisissent de contourner ce problème, en proposant aux particuliers de simplement donner leurs produits non utilisés. C’est ce que fait notamment l’association FoodSharing, en Autriche et en Allemagne, en collectant, puis en distribuant les surplus alimentaires provenant des frigos individuels et des supermarchés. Tout début 2018, l’acteur Charlie Dupont a lancé en Belgique une application baptisée Too Much, qui permet de donner gratuitement ses surplus alimentaires à quiconque est prêt à venir les chercher. Lancée auprès des restaurateurs, l’application veut être accessible à tout le monde : si vous avez trop cuisiné ou que vous devez vider votre frigo à l’approche des vacances, cette application vous permettra de ne rien jeter.

… et à la cantine

Les lieux de restauration collective peuvent aussi être de bons relais de cette “éducation” à ne pas gaspiller. D’abord, évidemment, les cantines scolaires. 
En France, en 2014, on estimait que 150 000 tonnes de nourriture étaient jetées chaque année par les écoles ; 30 à 40% des aliments traités en cantine scolaire atterrissent dans la poubelle. Or c’est en éduquant les enfants à ces questions que l’on réduira ces chiffres, mais également que l’on préparera des adultes moins enclins à gaspiller. C’est ce que fait par exemple le programme Éco-école, né en 1994 au Danemark et développé en France depuis 2005 par l’association Teragir. Le programme propose “un mode d’emploi aux équipes pédagogiques pour déployer efficacement le développement durable de la maternelle au lycée.” Parmi les thèmes abordés, la biodiversité, le climat ou l’énergie, mais aussi l’alimentation, avec toute une série de ressources sur le gaspillage alimentaire et les moyens de le limiter. En juin 2017, plusieurs écoles de Roubaix ont lancé un Festival Zéro Déchet. Dans ce cadre, la cantine invitait les enfants à trier ce qui restait sur leur plateau entre restes alimentaires, déchets et pain. Une manière pour eux de visualiser leur propre gaspillage mais aussi leurs progrès, puisque les déchets étaient pesés chaque jour et qu’une partie en était compostée par les enfants eux-mêmes. Mais cette initiative a aussi permis aux cantines de mieux évaluer les pertes, et donc de réduire les commandes de nourriture là où c’était pertinent. L’une des écoles a ainsi décidé de ne commander du pain et des fruits que tous les deux jours, et de prédécouper les fruits en quartiers pour que les enfants puissent prendre exactement la quantité qu’ils souhaitent. Au collège des Provinces à Blois, rapporte cet article de ConsoGlobe qui répertorie des actions dans les écoles, un “gâchimètre” a été installé : un tube transparent où le pain non mangé est jeté. Chaque semaine, le pain gaspillé est pesé : si le poids diminue, la différence est donnée à des associations caritatives sous forme de repas. L’opération a permis de réduire de 20 à 30 % la quantité de pain gaspillé.  Preuve que quand on sensibilise au sujet, les résultats se voient ne tardent pas. 

Dans les entreprises aussi, la lutte contre le gaspillage prend la forme d’opérations de sensibilisation. À l’occasion des journées de l’Open Source Circular Economy (OSCE Days 2016), SUEZ a ainsi co-construit avec ses partenaires et le programme Future Of Waste un guide disponible en ligne pour aider les restaurants d’entreprise à réduire leur gaspillage. En 2017, l’Ademe a elle aussi publié son guide pratique de lutte contre le gaspillage dans la restauration collective. Bientôt, cette lutte sera une obligation légale. En novembre 2017, le gouvernement français annonçait que dans le cadre de la loi sur l’alimentation (qui devrait être votée au premier trimestre 2018), les cantines d'entreprises, d'hôpitaux, de lycées ou de maisons de retraite allaient être contraintes, comme les supermarchés, de donner leurs denrées consommables et non consommées à des associations caritatives pour lutter contre le gaspillage.

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