Retour

Trois questions à Delphine de Vigan, marraine du Prix des Libraires 2019

Le Prix des Libraires est unique en son genre.

Delphine de Vigan

Marraine du Prix des Libraires 2018

Vous êtes présidente d'honneur du Prix des Libraires 2018.
Pourquoi avoir pris cet engagement ?

DDV

Je préfère le terme de marraine, que l’on m’a proposé et que j’ai accepté, à celui de présidente (sourire). Le Prix des Libraires est unique en son genre. A ma connaissance, c’est le seul qui soit décerné par deux mille libraires, grands et petits. Il y a beaucoup de prix littéraires en France. Prix de journalistes, d’académiciens, de lecteurs, de lectrices, de blogueurs… C’est une particularité et une chance. A chacun de faire entendre ses choix. Les libraires sont des lecteurs, certes, mais pas tout à fait comme les autres. Des lecteurs passeurs. J’aime l’idée qu’une sélection (riche en débats, apparemment !), puis un vote, fassent entendre leur voix, leur regard. J’ai pris cet engagement tout simplement parce qu’il a du sens pour moi. D’abord parce c’est toujours une bonne idée de mettre en lumière un livre et un auteur (en l’occurrence qui n’a pas encore reçu de prix important), d’autre part parce que le prix met à l’honneur les librairies indépendantes, dont nous avons grand besoin. De manière plus personnelle et symbolique, j’ai eu la grande chance de recevoir le Prix des Libraires en 2008, il y a tout juste de dix ans. C’est le premier prix littéraire que j’ai reçu, et cela a marqué - pour le livre comme pour moi-, le début d’une incroyable aventure.
On comprend que les librairies indépendantes ont une importance particulière à vos yeux.
Pouvez-vous nous en dire plus ?

DDV

Oui, c’est vrai, elles ont une grande importance. Parce qu’une librairie est un endroit où l’on trouve ce que l’on n’est pas venu chercher. On peut y passer des heures, à flâner, fureter, feuilleter. Hésiter. Ecouter. Discuter. Repartir les mains vides ou les bras chargés. Les librairies, quand elles ont une âme (et c’est presque toujours le cas) ne sont pas seulement des espaces de consommation. Ce sont des lieux de vie, de partage, d’échange. Des lieux habités, incarnés. Loin des rayons des grandes surfaces qui n’obéissent qu’au classement des meilleures ventes, les librairies indépendantes défendent - chacune à sa manière -, des choix, des élans, des convictions, des nostalgies. Petits cartons épinglés sur les livres, tables réservées aux coups de cœur, conseils avisés et passionnés.

Aujourd’hui les libraires font vivre la littérature. Ils organisent des rencontres entre l’écrivain et ses lecteurs, des goûters, des débats. Certains jouent les pionniers ou bien font renaître leurs quartiers. Car la librairie indépendante est indispensable au renforcement du lien social. Elle donne à la ville, au quartier, un supplément d’âme : c’est là que se croisent et se mélangent les classes sociales, les âges, les cultures… à l’heure où l’anonymat et la dématérialisation sont omniprésents (on peut pratiquement tout commenter et commander sur Internet), à l’heure où le risque d’isolement est plus fort que jamais, la librairie rassemble. J’ai rencontré des lecteurs qui faisaient 30 ou 50 kilomètres pour rejoindre la librairie indépendante la plus proche de chez eux, plutôt que commander sur Amazon. Parce qu’ils ont besoin de ce lien.

 Comme tous les lecteurs, j’ai de très beaux souvenirs d’échanges, de découvertes, d’apprentissage dans des librairies indépendantes. J’aime quand un(e) libraire me parle d’un livre, et me donne envie de repartir avec dix. J’aime écouter un(e) libraire conseiller quelqu’un d’autre, quelqu’un qui ne lit pas du tout les mêmes livres que moi. Je me souviens d’une libraire du 11ème arrondissement (bien avant qu’il devienne le quartier hype qu’il est aujourd’hui), qui invitait les classes de l’école maternelle du coin, pour que les enfants puissent toucher les livres, les respirer. Tant pis s’ils ne les remettaient pas à la bonne place. Dans ce lieu magique qu’ils connaissent désormais, elle leur lisait des histoires.

 Aujourd’hui, des géants de toute sorte menacent, plus que jamais, la librairie indépendante. Ils menacent ce lien social, mais aussi la diversité de la littérature, ses voix multiples, sa liberté. Ils menacent les petits éditeurs et les auteurs à découvrir. Mais les librairies indépendantes n’ont pas dit leur dernier mot. J’aime l’idée que les livres nous emmènent hors de nos frontières, réelles ou intimes, qu’ils nous permettent de penser et de ressentir de manière différente. Commencer un livre, c’est prendre le risque de bouger ses propres lignes, de s’en trouver changé. Alors, à nous lecteurs et auteurs de défendre les librairies, ces lieux d’ouverture, de résistance, de liberté. Pas de démocratie sans librairies ! Elles sont un lieu majeur de l’espace public.
Et vous, pourriez-vous exercer ce métier ?
Pourriez-vous nous parler, à la manière d'une libraire, de votre dernier coup de cœur ?

DDV

C’est un métier qui m’intéresserait, sans aucun doute. Je ne suis pas sûre qu’il soit compatible avec une fragilité lombaire ! Car je sais qu’il est difficile et très physique. Si j’étais libraire, en attendant de vous parler du lauréat (ou de la lauréate) du prix des libraires 2018, que nous connaîtrons le 16 mai, je vous parlerais de « My absolute darling », le premier roman de Gabriel Tallent. Je l’ai lu il y a quelques semaines et il me hante encore. Un choc. A exacte distance entre Stephen King et Joyce Carol Oates, le roman raconte l’émancipation héroïque et douloureuse de Turtle, une adolescente qui vit sous l’emprise psychologique et incestueuse d’un père aussi violent que charismatique. Quand un jeune auteur de 27 ans maîtrise à ce point le thriller, la psychologie de ses personnages, la description de la peur et d’un monde sauvage et isolé, ça mérite le détour…
Retrouvez Delphine de Vigan en librairie en découvrant son dernier roman Les loyautés, sorti en janvier 2018 aux éditions JC Lattès. Nathalie Iris, libraire à la Garenne-Colombes (92) nous en parle.

Delphine de Vigan ne nous déçoit jamais. C’est une fois de plus le cas pour son nouveau roman « Les loyautés ». Ici, Delphine de Vigan imagine une prof de SVT (sciences et vie de la terre) qui exerce dans un collège. Un de ses élèves de 12 ans a un comportement étrange. Peu à peu, elle se persuade qu’il est victime de maltraitance… mais est-ce bien le cas ? Très vite, le lecteur a connaissance de la vie du garçon, et sait ce qui se passe dans son intimité. Le garçon est effectivement très malheureux, mais pas sûr qu’il s’en rende compte. Et pas sûr que ce soit parce qu’il est maltraité, mais nous n’en dirons pas davantage. De son côté, la prof vit un terrible isolement, s’enferme dans son obstination à vouloir sauver le garçon. Jusqu’où pourra-t-elle aller ? Ce roman est un roman brillant dans sa composition. Pas un mot, pas une virgule de trop pour décrire le désarroi de l’adolescence, la difficulté de communication entre les êtres. Jusqu’où faut-il aller pour arriver à se sauver soi-même, qu’est-ce que la notion de responsabilité, peut-on sauver les gens malgré eux ? S’il y a une lecture à ne pas rater cette année, c’est bien ce roman de Delphine de Vigan. Un grand merci à cette fabuleuse romancière.

Chez up, nous concevons les solutions du quotidien qui contribuent à la vitalité des organisations et au bien-être des individus
Vous souhaitez en savoir plus sur nos engagements ?
Rendez-vous sur up.coop

Sur le même thème

visuel La Réunion des Livres ouvre les portes des librairies aux lecteurs en herbe
2 min

La Réunion des Livres ouvre les portes des librairies aux lecteurs en herbe

Baptisé Fé nèt liv à La Réunion, le programme Jeunes en Librairies vise à soutenir la relance des librairies et à initier les plus jeunes au monde du livre, notamment...

Lire la suite
Partir en livre 2021
1 min

Et si l'on partait en livre ?

La 7e édition de la manifestation Partir en Livre se déroule partout en France, du 30 juin au 25 juillet 2021, autour du thème « Mer et merveilles » et...

Lire la suite
F.Mantovani/Gallimard
2 min

"Sans livres, il n’y a pas d’évolution personnelle ni de formation intellectuelle possible"

Auteur notamment des Choses humaines, de l'Insouciance, de La Domination, Karine Tuil témoigne de son attachement aux libraires et aux librairies, en tant que lectrice et en tant que romancière....

Lire la suite
Visuel culture se reinvente dlq
3 min

Confinement, couvre-feu : le monde de la culture s'adapte

Les mesures sanitaires frappent durement le monde de la culture depuis presque un an. Pourtant, nombreux sont les artistes et institutions qui réinventent leur art pour continuer à se produire...

Lire la suite
20210115 webinaire culturel dlq
2 min

Les nuits de la lecture se réinventent en 2021

L'événement proposé par le Ministère de la Culture s'étendra cette année sur quatre jours et propose de nombreuses possibilités numériques de célébrer la lecture sous toutes ses formes.

Lire la suite
Caroline Simons (c) Le Rire Médecin
6 min

Le Rire Médecin, des artistes essentiels auprès des enfants malades

Grâce au jeu et à l’imaginaire, les clowns du Rire Médecin participent à adoucir le quotidien des enfants hospitalisés. Rencontre avec sa fondatrice, Caroline Simonds, qui évoque, pour le groupe...

Lire la suite
visuel anlci
1 min

Lutter contre l'illettrisme se joue aussi dans le monde du travail

L'Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme organisait début décembre le festival "Coopérons contre l'illettrisme". Parmi les événements digitaux proposés, l'une des tables rondes traitait de cette thématique dans le monde...

Lire la suite
1619 slpj salon20 rs facebook cover 2050x780px 20201112 15h w 762x428 c default
2 min

Up au Salon du livre et de la presse jeunesse

Revu, adapté et renouvelé pour se faufiler dans les contraintes strictes de la crise sanitaire, le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis n’est pas si différent...

Lire la suite
Epassjeunes
2 min

La culture et le sport dans la poche avec le e.pass Jeunes

Sous la forme d’un portefeuille numérique, la solution du groupe Up propose aux jeunes dès 15 ans de nombreux avantages pour leurs pratiques culturelles et de loisirs. Une façon pour...

Lire la suite