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“À tout grand enjeu mondial, une réponse locale doit être apportée”

Rencontre avec Jean-François Recco, fondateur de Biocycle, une association d'intérêt général qui lutte contre le gaspillage et la précarité alimentaires.

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U&R


À quels besoins Biocycle répond-elle ?

JFR

Biocycle est une association d’intérêt général, créée en novembre 2015 qui compte  plus d'une trentaine de personnes impliquées. Sa création répond à la précarité alimentaire et au gaspillage alimentaire, qui sont deux problèmes planétaires. Mais notre approche est d’agir à l’échelle locale : nous collectons en vélo triporteurs à l'échelle du quartier les invendus (produits frais, fruits et légumes et produits secs) et les apportons à des associations qui distribuent la nourriture aux personnes bénéficiant de l’aide alimentaire. 
Parmi nos associations partenaires, il y a l’Agorae, une épicerie sociale présente à l’université Paris Diderot dédiée aux étudiants qui ont de très faibles moyens pour s’alimenter. L’épicerie met à leur disposition des produits à 10, 20 et 30% de leur valeur réelle. On soutient ce projet via une collecte de biens alimentaires, que l’on redistribue pour que les étudiants en situation de précarité puissent en bénéficier. Nous avons également un partenariat avec l’association Aurore, qui vient en aide aux familles monoparentales.

U&R


Quel bilan tirez-vous de la lutte contre le gaspillage ?

JFR

Je suis optimiste car la France est le premier signataire d’une loi de lutte contre le gaspillage alimentaire datant de février 2016 et qui invite la grande distribution à donner ses invendus. C’est un texte législatif qui conditionne la démarche attendue du don alimentaire par la grande distribution : cela nous permet désormais d’être mieux entendus. Par rapport à l’année de notre création, où il n’y avait pas encore de culture de lutte contre le gaspillage alimentaire, aujourd’hui nous sommes passés du simple au double en volumes de dons. En termes d’impact, pour Biocycle, nous arrivons à nourrir 300 personnes par semaine qui dépendent de l’aide alimentaire, avec une flotte de deux à trois vélos qui circulent à Paris. Pour autant, je pense que la lutte contre le gaspillage ne va pas encore assez vite, car il y a une précarité galopante liée aux crises économiques et aux mouvements de population. Alors que nous sommes 7,5 milliards d’humains sur la planète, nous produisons trop et avons la capacité de nourrir 14 milliards de personnes. Je pense donc que la bataille doit continuer et qu’il nous faut pouvoir nous appuyer sur d’autres acteurs, comme les entreprises qui doivent engager leur responsabilité sociale et environnementale. Mais cela passe aussi par la capacité d’entreprendre des citoyens, qui peuvent utiliser les achats comme une manière de s’engager : c’est l’équivalent d’un bulletin de vote, c’est une manière de soutenir un modèle porteur pour l’avenir.

U&R


Quels sont les futurs projets de Biocycle ?

JFR

Nous souhaitons porter Biocycle dans d’autres villes et autres régions : Biocycle Lyon, Biocycle Lille, etc. Nous pensons qu’à tout grand enjeu mondial, une réponse locale doit être apportée : c’est par le territoire local que des solutions durables peuvent émerger, en changeant les habitudes au sein de communautés qui sont attachées au bien commun. Les défis qui seront les nôtres dans le futur sont d’abord de nous faire connaître, deuxièmement de montrer que nos actions sont favorables à l’environnement (l’utilisation de vélo triporteur a des émissions de gaz à effet de serre très faibles), à l’insertion professionnelle (nous travaillons avec des personnes qui n’ont pas le permis de conduire ou qui ont des difficultés à trouver un emploi) et aux communautés que nous servons. Et troisièmement, de continuer à favoriser le bon sens et la générosité locale. Nous travaillons également au développement d’activités pour toucher d’autres publics : nous organisons par exemple des évènements participatifs auprès d’entreprises ou de collectivités avec des “vélomixeurs”. Ce sont des vélos récupérés et transformés : lorsque vous pédalez, vous mixez les fruits et légumes voués au gaspillage. En 2016, nous avons ainsi réuni et sensibilisé  en Île de France près de 11 000 personnes à l'antigaspi. Enfin, dans le cadre de la création d’une halle alimentaire dans le 14e arrondissement, appelée “La Panaméenne”, nous sommes en train de créer une ligne de produits artisanaux (compotes, confitures, soupes, jus, etc.) issus du gaspillage selon arrivage. Nous transformons ces légumes et fruits destinés à être incinérés ou enfouis en  nouveaux produits. De plus, nous souhaitons faire en sorte que chaque achat fait par le grand public permette à un produit d’être provisionné et offert pour le don alimentaire.

 

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